Touche pas à ma centrale nucléaire !

Souvent, et de plus en plus, on n’évoque le nucléaire que pour opposer pros et antis et les avis balancent toujours du blanc au noir. Mais il est une population que l’on interroge assez peu au final et qui pourtant occupe une position centrale sur la question : les élus des communes qui hébergent les réacteurs.

Or, en écoutant hier un sujet diffuser sur France Info, nous avons réalisé qu’il n’y a pas vraiment de débat sur la question dans les villes concernées. Au contraire, c’est même plutôt le consensus stricto sensu qui règne. La raison : l’effusion d’argent provenant de la fusion de l’atome.

Nous avons retrouvé le sujet diffusé à la radio.

Les trois candidats à l’élection municipale à Fessenheim (dont un ingénieur en énergie renouvelable), dans une harmonie plus proche de l’OK chorale que du règlement de comptes électoral, militent tous pour que la centrale continue de tourner.

Pour rappel, Fessenheim doit fermer ses vannes en 2016.C’était une promesse du candidat Hollande. EDF ne s’y oppose pas puisque l’entreprise a réussi à négocier habilement l’allongement de la durée de vie de 18 autres centrales, portée de 40 à 50 ans.

Du coup, les élus ou futurs élus Fessenheimois grognent et voient d’un œil maussade la perspective de perdre les quatre millions d’euros de taxe professionnelle que rapporte la centrale. Quatre millions d’euros sur le budget d’une ville de 2 000 habitants, c’est le Pérou qui tourne, et 2 500 emplois directs et indirects atomisés…

(Selon EDF, la centrale contribue à la fiscalité locale à hauteur de 50 millions d’euros, dont 1,6 million d’euros pour la seule taxe foncière).

Il n’y a d’ailleurs pas qu’à Fessenheim que l’on crie son amour pour les centrales.

Voici un reportage réalisé à Pierrelatte, commune située près de la centrale du Tricastin. Le maire ne s’en cache pas : les 5 millions d’euros perçus au titre de la taxe professionnelle sont une véritable « poule aux œufs d’or » pour la commune et ses administrés.

Selon un sondage BVA publié en septembre dans Le Parisien Magazin, 53 % des Français se déclaraient « favorables à une sortie progressive du nucléaire».

Ils sont peut-être moins nombreux à Fessenheim ou Pierrelatte qu’ailleurs…

La Norvège va t-elle abandonner l’exploitation des énergies fossiles ?

En Norvège, on a du pétrole, mais aussi des idées. La dernière en date risque de faire causer dans le bourg “Energie” : les Vikings vont étudier la possibilité pour leur fonds souverain d’arrêter d’investir dans les énergies fossiles. Une commission d’experts indépendants vient d’être mandaté sur la question.

Vu de France, on appellerait cela se tirer une balle dans le pied. En version norvégienne, cela doit se traduire par s’étouffer avec son saumon.

 

On le sait en effet, la Norvège, c’est un pays qui vit bien, et heureux, grâce à l’apport du pétrole et du gaz, les deux mamelles fossiles qui depuis les années 60 ont hissé le pays au sommet des classements de l’OCDE.

Le pétrole consitue ainsi 22 % du PIB et le pays se situe juste derrière la Russie et l’Arabie Saoudite pour l’exportation de pétrole et de gaz naturel.

Bien.

On peut donc logiquement se demander quelle mouche les a piqué pour qu’ils soient prêts à défenestrer leur confortable matelas.

Oui, pourquoi le fonds souverain national, connu pour être le plus important au monde, (rendement de 15,9% et valeur des actifs gérés estimée à 610 milliards d’euros) voudrait-il largué la jolie danseuse qui invite tous les Norvégiens au bal, virtuel, des millionnaires ?

BFMTV rappelait récemment que “chacun des quelques 5,1 millions de Norvégiens possède virtuellement un patrimoine proche du million de couronnes norvégiennes, soit environ 121.000 euros !”

Comme eût dit Lénine, il faudrait être marteau pour se débarasser du fossile.

Sauf que non, en fait.

Si la Norvège met en avant ses questionnements, fort à propos, relatifs au risque carbone et aux conséquences environnementales annoncées, son moteur est ailleurs.

Car ce n’est pas sur de beaux principes que l’on fonde sa richesse, mais sur l’argent.

Evidemment, Le fonds souverain a investi un petit paquet dans des compagnies pétrolières et gazières ( environ 43 milliards de dollars dans des compagnies pétrolières et gazières).

Ces choix financiers participent de ses excellentes performances financières (+16 % en 2013). Mais il y a mieux : les placements verts du fonds se sont avérés encore plus lucratifs.

Depuis 2009, le fonds norvégien a investi 5,2 milliards d’euros dans près de 170 entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables, l’eau ou la gestion des déchets. Ces participations lui ont rapporté un bénéfice net de 41 % en 2013“. (Source novethic.fr)

La voilà la vraie raison ! La Norvège, qui figure déjà sur le podium des pays les mieux préparés à l’énergie du future, a compris qu’avec le vert, on peut faire des efforts environnementaux mais aussi des billets ! Cela donnera peut-être quelques idées aux économies réticentes…

En tout cas, si la réflexion aboutit à un désinvestissement majeur norvégien, nul doute que celle fera des vagues bien au-delà de la Mer du Nord.